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Troubles allergiques - Sylvie Cady

Sylvie CADY

 

 

TROUBLES ALLERGIQUES

 

Les troubles de l’alimentation chez l’enfant sont très souvent liés à la relation à la mère, il n’en demeure pas moins que le rôle du père y est d’un impact important. Le rôle de l’affect et de l’imaginaire y est primordial.

En ce qui concerne la pathologie digestive, nous pouvons trouver des vomissements, de la constipation, de l’anorexie et de la boulimie autour d’un fonctionnement hystérique conversif ou d’un fonctionnement psychotique ; des dyskinésies vésiculaires, des épisodes diarrhéiques autour d’un fonctionnement d’hystérie d’angoisse. En ce qui concerne l’hystérophobie, l’angoisse peut se porter sur un organe quelconque œsophagien déterminant un hyper ou un hypofonctionnement de l’organe. Des phénomènes hypocondriaques avec manifestations digestives peuvent également exister. Des troubles psychofonctionnels tournent autour du colon irritable, de la diarrhée et de la constipation, des vomissements et des allergies alimentaires sélectives. Il existe également une allergie alimentaire qui est liée à une problématique d’impasse.

Pour ce qui est de notre recherche ici, nous nous intéresserons aux troubles alimentaires allergiques sélectifs, aux troubles alimentaires liés à l’allergie, à la boulimie et l’anorexie.


I - Les troubles alimentaires allergiques sélectifs

Observation de Louise.

Abordons l’observation de Louise. La grossesse a été désirée. Elle a pris le sein jusqu’à 5-6 mois et la mère adore 1’allaiter. Lorsque l’enfant a trois mois, la mère part quelques jours retrouver son mari à l’étranger. Pendant cette période, elle est mise au biberon, et laissée à une nourrice qui s’occupera d’elle par la suite. A partir de là, sa mère souligne le regard fixe de Louise, quand elle reprend le sein. L’enfant a pris le biberon jusqu’à un an et demi et des bouillies pendant 6 mois. Par la suite, une alimentation plus variée apparaît et ceci ne semble pas poser de problème jusqu’à la chute de vélo, lorsque sa mère est en voyage avec son père. L’enfant est restée avec sa nourrice, c’est avec elle, qu’a lieu l’accident. Au retour de la mère, l’enfant commence à faire des caprices, puis refuse de manger, elle développe une allergie aux carottes. Elle sélectionne les aliments. De ce fait, la mère lui prépare elle-même ce qu’elle aime.

Le problème de la nourriture s’inscrit dès trois mois dans un processus de perte de la relation maternelle. La carotte est un légume, qui lui a été souvent donnée par sa nourrice, lorsque sa mère était absente. Dans la psychothérapie, un lien entre ce légume l’absence et l’accident apparaîtra d’emblée. Il sera précisé par la suite, que de refuser cette nourriture, la protège d’un nouvel accident. Le fait que sa mère, lui prépare la nourriture qu’elle aime, permet de dépasser le conflit autour de la perte projeté sur celui de l’accident. La compréhension de cette situation, permet à l’enfant le dépassement de ce comportement allergique phobique, quant aux carottes.

Par la suite, dans la psychothérapie, le moment où Louise s’autonomise permettra à l’allergie alimentaire d’être dépassée. L’acte de manger en rapport avec la dépendance maternelle par rapport à la perte vient d’être dépassé.

L’ALLERGIE – L’ALLERGIE ALIMENTAIRE

C’est par trois observations cliniques situées dans des fonctionnements différents que je vais aborder la problématique alimentaire. Dans ces situations cliniques, elle se trouve liée à une autre forme d’allergie.

Le fonctionnement de la personnalité allergique

Isabelle a 9 ans lorsqu’elle vient consulter. Elle est asthmatique. Elle a un frère de 7 ans. Ses crises d’asthme sont plus importantes depuis son redoublement où les notes sont très moyennes. Elle développe autour de cet événement une allergie alimentaire qui double la problématique asthmatique.

La grossesse et l’accouchement se sont bien déroulés. Le développement psychomoteur semble bien s’effectuer. Or, dès la naissance, on remarque des spasmes du sanglot et des insomnies. À 5 ans, apparaissent des crises d’asthme avec la naissance de son frère. Elle a été très jalouse à la naissance de ce dernier, elle le mord, le griffe et le tape. Depuis l’âge de 7 ans, elle devient plus facile, plus sociable. En fait, elle est gaie, sociable car son frère est gardé à l’extérieur de la maison. Elle est possessive vis-à-vis de sa mère, l’empêche de sortir, ne supporte pas que cette dernière ait une relation avec son frère : elle fait à ce moment-là des crises de nerf. Elle ne se confie qu’à sa mère. Elle n’aime que les programmes établis par celle-ci, refuse de sortir avec le père. « C’est une enfant très sensible », dit la mère qui perçoit beaucoup de choses. Elle est ordonnée et organisée si sa mère lui demande de le faire. La mère donne beaucoup de conseils à sa fille ; elle voudrait un bilan de personnalité pour mieux la conseiller. Car la mère l’assiste sur le plan scolaire, et elle est gênée par son redoublement, aussi sa fille est tendue et elle ne sait plus comment l’aider. Sur le plan du corps, Isabelle est en relation miroir avec sa mère, elle est de ce fait gauchère (par référence à sa mère située en face). Elle se repère mal dans l’espace, notamment sur le plan du dedans-dehors.

Autour de l’enfance maternelle, on remarque une situation d’abandon dans la relation à sa propre mère qui s’occupait préférentiellement de sa sœur, cela l’a beaucoup marquée. De ce fait, elle se préoccupe entièrement de la relation avec sa fille, laissant le père avec le frère. Ceci évite pour la mère la relation triangulaire, situation dans laquelle elle se sent en « difficulté de sa personnalité ».

Outre le problème de l’asthme, il existe également une allergie alimentaire. Parfois, elle a peur de la séparation des aliments avec la défécation. C’est ce que relate un rêve répétitif. Ceci pose, avec le problème respiratoire, la question de l’échange avec l’extérieur : du dedans dehors et de la différence.

 

D’une manière générale, ce fonctionnement de la personnalité allergique s’est rivé à la relation maternelle qui lui renvoie son identité. Elle n’ose pas exprimer ses désirs car elle n’existe pas en dehors de cette relation, qui la crée. Elle est dans la vie dans une attitude passive comparable à celle d’un tout-petit enfant avec sa mère. La peur de perdre l’être préféré, et par là même son identité, conditionne le symptôme asthmatique. Il en est de même pour la nourriture ingérée qui correspond à une partie de l’enfant qui se perd lors de la défécation. En fait, le moment de la crise est celui où la séparation ne peut être contournée psychiquement. Le problème allergique de la nourriture est lié à cette impasse relationnelle de la dépendance. Chaque fois que le père apparaît en tant que référence paternelle, il fait quitter à l’enfant sa référence maternelle. Cette expérience différenciatrice déclenche une crise d’asthme.

Dans le cas d’Isabelle, la relation à la mère n’est pas agressive, mais il existe d’autres cas où l’enfant est agressif envers sa mère à cause de la dépendance. Tout un langage d’hostilité existe alors, en même temps que la crise, ce qui différencie violemment la relation. L’enfant voue à sa mère une agressivité qui se décharge haineusement et effraie l’enfant par son intensité. Il contrôle mal son hostilité et accède à l’objet primordial auquel il renonce.

Plus l’enfant s’engage dans cette forme d’allergie, plus il tente de se dégager de l’emprise de la relation maternelle ; mais celle-ci demeure dans l’impasse. Le fonctionnement de la personnalité allergique est rivé à la relation maternelle. L’impasse tourne autour de toute situation triangulaire par la référence à la perte identitaire qu’elle procure. Par assimilation toute situation de différenciation est facteur de crise. C’est dans cette optique que se situe cette forme d’allergie alimentaire.

L’allergie adaptative

Cette symptomatologie se repère par l’asthme, l’eczéma et d’autres pathologies allergiques telles que l’allergie alimentaire.

Caroline a 9 ans. Sa mère a 35 ans ; elle est d’origine portugaise et vit en France depuis l’âge de 10 ans. Elle est divorcée depuis cinq ans, date à laquelle apparaissent, chez sa fille, de l’asthme et une allergie alimentaire. Pour l’enfant, le divorce où elle voit très peu son père est l’équivalent d’un deuil : depuis cette séparation, l’enfant est tendue.

La vie de l’enfant est portée (traversée) par un grand nombre de deuils, celui de sa grand-mère maternelle à sa naissance, le frère de la mère deux ans plus tard et le père de cette dernière. La mère a pris en charge toutes leurs maladies.

En dehors de sa fille, qui manque d’autonomie, la mère n’a pas de relations affectives, pas d’amis. Les loisirs existent peu, le travail prédomine. C’est une femme de devoir qui retourne dans son village au Portugal à chaque grandes vacances où elle reconnaît s’ennuyer, car il n’y a plus de famille. Mais elle maintient pour sa fille le devoir du souvenir.

En ce qui concerne la personnalité de la mère, elle émane d’un registre adaptatif, qui est repris dans le fonctionnement de sa fille. Le refoulement de l’affect et de l’imaginaire détermine le plan de ce fonctionnement. C’est pourquoi elle met sur le même plan le divorce, la perte de sa mère et celle de son chien.

«Depuis», dit-elle, «ma fille ne va plus. Elle est toujours malade avec de l’asthme très souvent, ça ne va pas dans son corps ».

Caroline reprend les propos de sa mère, parle avec un vocabulaire peu imagé, simple, sans dimension affective. Elle accepte volontiers le dialogue, mais s’arrête très souvent en ponctuant ses phrases par des expressions «c’est comme ça», « il faut ». Elle n’aborde jamais des difficultés personnelles, semble portée par les événements, sans en prendre l’initiative, elle ne peut pas critiquer. La tonalité du discours présente un rythme lent, une lassitude, sans pour cela qu’une dépression soit visible. Le contenu de ses paroles aborde beaucoup la maladie, les traitements, les visites aux médecins. Sur le plan corporel et spatial, elle est en grande difficulté : elle demeure dans une ambidextrie depuis la petite enfance, sans qu’aucun choix latéral n’ait pu se réaliser. Cette non-différenciation se répercute sur le dedans-dehors qui est sans différenciation. Ceci l’amène à de grandes difficultés dans l’espace ; ceci se répercute sur la scolarité.

Dans la psychothérapie, lorsque Caroline pourra aborder les éléments affectifs de sa vie personnelle, la répétition des deuils apparaîtra en tant que situation d’impasse. La dépression de la mère autour de ces événements ne lui permet plus cette relation de double où tout le monde fonctionne en tant qu’instance d’autorité qui permet de se situer. « Je me vois comme cela » exprime Caroline « parce que mon amie me l’a dit ». L’autre fonctionne comme un miroir, sans imaginaire c’est cette référence qui la construit. Actuellement avec la situation dépressive, la sienne, qui n’est pas ressentie par elle tant elle est coupée d’une partie d’elle-même, et celle de sa mère, elle n’a plus aucun repère. L’organisation de l’espace et du corps structuré de manière prothétique devient complètement différent et s’effondre. En même temps, un tonus dépressif apparaît. L’impasse réside dans cette difficulté relationnelle à la mère, elle est le facteur incident de l’asthme et de l’allergie alimentaire.

L’allergie psychonévrotique

L’allergie psychonévrotique fait référence à l’asthme, l’eczéma et les autres formes d’allergie, telles que l’allergie alimentaire.

Natacha a 8 ans. Depuis deux ans, elle est aux prises avec une allergie : un eczéma très important et une allergie alimentaire. Ces deux symptômes se sont déclarés au divorce des parents. Natacha depuis cette époque vit avec son père, tandis que son frère de 6 ans est avec sa mère. C’est une décision des parents.

Natacha est née en France de parents polonais qui sont venus en France lorsqu’ils avaient tous les deux 18 ans. La mère a quitté son pays après le décès de sa propre mère. Les deux parents viennent d’une famille nombreuse, sept frères et sœurs pour la mère, huit pour le père. Ils disent avoir quitté leur pays pour pouvoir vivre leur vie, sortir d’un monde clos rempli de privilèges sociaux, mais aussi d’interdits. Dès leur arrivée en France, les parents ont vécu dans une ambiance de fêtes, c’est dans ce climat qu’ils ont conçu leurs deux enfants.

La vie de la mère a été marquée par de nombreux deuils. Celui de sa mère, celui de son père cinq ans après, un frère il y a deux ans auquel elle était très attachée. C’est pourquoi lors du divorce, elle a préféré s’occuper de son fils, c’est une manière pour elle de remplacer son frère, dans un espace de vie qui renvoie au deuil. Quant au père, c’est une sœur, qui vit en France et à laquelle il était très attaché, qui décède six mois avant la décision du divorce. Prendre sa fille avec lui est également une manière de remplacer sa sœur. C’est aussi une manière d’imiter sa femme et par là même, « en étant elle, de la conserver ».

Lors du premier entretien, Natacha est très inquiète sur son état de santé. Elle parle de sa mère, « elle m’accueille toujours avec beaucoup de chaleur et cela me fait mal » dit-elle. Le récit de sa vie est confus, Natacha se situe mal dans le temps et dans l’espace dedans dehors. Dans ses rêves, elle rend les voisins (ou équivalence du père) responsables de sa maladie. Elle fait un rêve qu’elle répète, « un couple l’agresse parce qu’il se sépare » (ce qu’elle fait correspondre dans sa psychothérapie au couple de ses parents).

Le sommeil est très perturbé. La nuit, elle fait des cauchemars : « Une jeune fille se rapproche d’un homme, elle est victime de sorcellerie », « des gitans la persécutent » (dans sa psychothérapie, les gitans apparaîtront comme une reduplica­tion de l’image du père). Tout ceci fait référence à une énorme angoisse due à une relation au père de type œdipienne et relatée par ses rêves avant la séparation des parents.

Lors de la première hospitalisation, liée à un eczéma important, peu de temps après le début de sa vie avec son père, cet eczéma disparaît. Lorsqu’elle rentre chez elle, il reprend, doublé d’une allergie alimentaire. Pendant la psychothérapie, les deux difficultés sont révélées comme liées à une situation d’impasse œdipienne qui fait référence à la relation avec son père, qui lui fait à manger. Elle qui se situait dans une relation proche vis-à-vis de ce dernier ressent le fait qu’il décide de s’occuper d’elle à travers la nourriture comme un désir de rapprochement de sa part. La différenciation dedans-dehors pose problème : elle est envahie, elle est tendue.

Dans ces observations cliniques, le problème allergique (allergie et allergie alimentaire) se situe autour d’une situation d’impasse. Même si l’allergie alimentaire a un sens, on n’est pas dans un fonctionnement uniquement psychonévrotique puisque la pathologie organique renvoie à un phénomène biologique.

Allergie vient du grec allos (autre) et ergon (action). Cette étymologie indique que l’allergie est une réaction inhabituelle ou appropriée à un stimulus, bien que toutes les réponses pathologiques à des stimuli externes habituellement inoffensifs ne soient pas des manifestations allergiques. De nombreuses personnes réagissent à l’administration d’un aliment mais elles ne sont pas pour autant dans un trouble du système immunitaire, c’est l’expression d’une immunité mal réglée.

Pour comprendre le fonctionnement allergique, il faut tenir compte de l’appartenance de l’être humain au corps réel et au corps imaginaire. Il ne s’agit pas de deux corps, mais de deux fonctions qui correspondent, pour l’allergie, à la prévalence de l’activité projective par quoi l’imaginaire est déterminé. Le corps imaginaire y est porté par une projection, faisant de lui des images du corps que structure un espace repéré par les dessins ou le discours du patient. C’est à ce corps que renvoient latéralité et espace, dans le fonctionnement allergique, autour de la problématique soi/non-soi.

D’une manière générale, dans le cadre du fonctionnement de la personnalité allergique, l’enfant est pris dans une relation au corps créé par sa mère. C’est une relation unique englobant le maternel et les objets en tant que substituts. C’est tout un relationnel narcissique à l’autre, qui inclut la latéralité et qui se trouve mis en place dans une entité corporelle de surface, masquant le chaos de l’identité.

Elle fait référence à la difficulté soi/non-soi. Dans le banal ou pathologie de l’adaptation, toute une dynamique autour du refoulement permanente de la fonction de l’imaginaire se réfère à l’absence du souvenir des rêves, ainsi qu’à son absence d’équivalence dans la vie éveillée. Là, une absence de soi aux autres crée une difficulté identitaire. S’il n’apparaît pas initialement lors de l’anamnèse, car tout est fait pour la normalité, il se précise par la suite dans le cheminement de la psychothérapie.

Les organes engagés dans la formation du cadre psychonévrotique allergique sont d’emblée des fonctions biologiques. Dans l’asthme par exemple, c’est tout l’appareil respiratoire qui se trouve touché en premier lieu, ce qui renvoie à l’organicité. Il n’en demeure pas moins que si ce fonctionnement révèle au système immunitaire une anomalie caractéristique, celle-ci se produit autour d’une problématique identitaire liée à la différenciation soi/non-soi. En fait, toute l’allergie questionne ce qui est soi et ce qui n’est pas soi. Elle est avant tout un dysfonctionnement du système immunitaire. Lors de la crise, on assiste à une modification du fonctionnement dans laquelle convergent le terrain allergique, la relation, la problématique identitaire et la différenciation soi/non-soi. Dans une même dynamique, la rythmique de l’enfant pose problème  puisqu’elle se consitue dans un rapport d’identité.

Boulimie - Anorexie

La boulimie

George 12 ans vit dans une famille au père rigide, et s’est construit face à des schémas imposés. Les souvenirs d’enfance ne contiennent pas cette chaleur affective familiale. L’investissement du travail scolaire, l’éducation dans un lien terne où il fallait être adapté et où le fonctionnel prédominait, l’éducation des parents ne laissait peu de place au rêve. Les moments oniriques étaient courts, car ils coïncidaient aux instants, où on pouvait faire ce qu’on veut, ce qui ne se réalisait jamais chez ses parents. C’était surtout en vacances chez la grand-mère paternelle, que la liberté était possible, or elle était liée chez l’enfant à des troubles digestifs. Car son séjour dans ce lieu paternel, le confrontait à une contradiction éducative, entre imaginaire (permis par la grand-mère) et non-imaginaire (imposé par le père).

Depuis le divorce des parents et le départ du père, on assiste chez l’enfant à une perte des repères identificatoires. Un sentiment d’angoisse apparaît lié aux crises de boulimie, que le passage fréquent de la nourriture tente d’apaiser. La boulimie ici essaie de résoudre le conflit.

Plus tard le refoulement de la fonction de l’imaginaire ou sa mise hors circuit règle apparemment le problème de l’angoisse, par contre un état dépressif apparaît ; il est comblé par la boulimie, qui s’aggrave. Ce n’est pas seulement au refoulement de la fonction de l’imaginaire auquel nous avons à faire ici, c’est également à celui de l’affect, de ce fait, la possibilité d’être touché par l’absence paternelle se réduit. Le refoulement de la fonction de l’imaginaire permet donc un affect amoindri, par sa tonalité adaptative de ce fait la boulimie récupère la situation. La boulimie touche au problème de la dépression ; notre patient l’explique : pour lui manger le sort pour un moment d’une dépression diffuse. Il analyse ce phénomène dans sa psychothérapie comme un « état distendu, retendu par l’activité liée au fait de manger ». Cet état distendu, tient au fait de la détente tonique dépressive, l’action active de se nourrir, provoque une activité, qui vient récupérer la dépression pour palier à cette situation, on doit manger sans cesse. Pour lui, le seul moment quelque peu tonique est celui du repas, mais la situation ne tient pas. Manger semble régler dans l’instant le problème dépressif, il faut sans cesse remanger pour retrouver ce moment.

Cet état boulimique lui parait normal : ceci tient au fait que dans l’éducation du père tout est conçu pour « que toute situation soit dans la normalité ». Le sujet ici n’est que conforme à un surmoi d’origine paternelle, où tout est agencé pour l’absence de conflit. « Pas de problème, surtout pas de problème » disait le père,  «aussi je ne me posais pas de problème», « si je dois manger, je mange » expliquait notre patient, « c’est normal d’avoir faim ».

De l’extérieur, cette attitude donne l’apparence d’une dépression minimale : le moi est le surmoi, il traduit le lien avec le père. Et c’est seulement de ces courts moments boulimiques « remplis » que l’enfant tire son sentiment d’être. Il n’existe qu’en se niant lui-même, ce qui est une manière d’être conforme à la relation paternelle. Et, il n’y a plus de conflit. Depuis son enfance, pour être en relation avec son père, il faut être conforme au fonctionnement du père, conforme à ce qu’il est ; de ce fait, il n’y a jamais eu un très fort désir d’être. La boulimie, après le départ du père, ramène l’enfant à cette même situation. Le passage non maîtrisé de la nourriture, permet d’exister à minima, elle maintient un équilibre tonique pour que la dépression ne s’effondre pas. Elle permet d’éviter l’impasse dépressive.

L’anorexie

James a 14 ans. Ses parents ont divorcé lorsqu’il avait 7 ans. Initialement très proche de sa mère, il s’autonomise lors d’un voyage en Espagne lorsqu’il a 10 ans, pour apprendre la langue, qui durera deux mois. A partir de là, sa mère qui l’avait toujours monté contre son père, perd son crédit. C’est pourquoi lorsqu’il a 11 ans, il demande à aller chez son père « pour mieux le connaître » dit-il. Au début, son séjour chez son père est idyllique, car il peut y faire tout ce qu’il veut. C’est un enfant doux, gentil, timide, aux potentialités imaginatives importantes. Vient un jour, où il découvre l’alcoolisme de son père. Un soir, suivi d’autres soirs, il est raccompagné par des amis, car l’état d’éthylisme du père ne lui permet plus de conduire.

A partir de ce moment, il dort mal et des dégoûts pour la nourriture apparaissent, qui se transforment par la suite en une véritable anorexie. Dans sa psychothérapie il précisera que la bouche si investie par le père avec son alcoolisme devient pour lui « un objet dégoûtant » comme tout ce qu’on y introduit. Par la suite il s’empêche de manger pour ne pas devenir comme son père ». C’est pour lui une manière de régler le conflit identitaire. Mais il se déprime. Un an plus tard, lors du décès du père dans un accident de voiture lié aux effets de l’alcool, une phase de cauchemars apparaît. Dans ces rêves difficiles, il vomit de l’alcool. Plus tardivement, un refoulement de la fonction de l’imaginaire se met en place. Avec le refoulement de l’affect qu’il détermine, il permet à l’enfant d’être moins touché par ce deuil. Il s’inscrit dans une identification au fonctionnement du père : c’est aussi un moyen de le retrouver. Par contre la dépression et l’anorexie demeurent : car, être le père, c’est aussi être confronté au problème d’alcool. L’anorexie permet de ne pas être une copie mimétique du père4, et que le conflit paternel autour de l’alcool ne se pose plus.

L’anorexie psychotique

Dans l’anorexie psychotique on retrouve le phénomène de ne pas manger pour ne pas être dévoré. Dans l’observation de Julie, 10 ans, la situation psychotique tourne autour de ce phénomène. Ce qui va amener à une hospitalisation tant sa vie est en danger. Toute une situation relationnelle à une mère dévorante est au centre de cette difficulté. Ne plus manger tente de résoudre ce conflit.

Une autre manière de fonctionner se retrouve dans l’observation de Suzanne. Face à l’anorexie psychotique, pour Suzanne ne pas manger est une façon de se conformer à la demande de la mère de ne pas exister, car cette dernière ne supporte pas la relation triangulaire, père - mère - enfant. Ne pas manger règle le conflit dans une inexistence personnelle de l’enfant. Tout poids pris est vécu comme démesuré et confronte Suzanne à une sensation délirante.

Boulimie et anorexie sont une manière de régler le conflit dans la relation à la mère, de résoudre le conflit, d’éviter l’impasse.

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